jeudi 20 janvier 2011

Mon père

J'ai un père, mais je ne le connais pas. Je sais que c'est un homme admirable et admiré, c'est un chasseur, ce n'est pas une insulte. Il tue des petits animaux, parfois des plus gros, il les mange. Il en fait des ragouts avec ses amis. C'est pas super bon, quoi que bien arrosé, çà passe. Suffit d'ouvrir grand la bouche, de ne pas trop respirer, de penser à une salade niçoise ou à un bon jambon beurre parisien... J'arrive à l'avaler, mais je n'ai jamais su faire le contraire. Tu sais, sortir des choses de ma bouche et les lui adresser. C'est bien plus facile de digérer que de cuisiner, s'asseoir, se saisir d'une fourchette et de tout dévorer... puis s'endormir pour digérer. Si j'ai bien une spécialité, c'est celle-là. La sieste.
Mon grand-père aussi faisait la sieste, et il était très gros. Mais gros que du ventre. Parfois, il m'amenait à la pêche, il était pas très doué, c'était plutôt mes cousins et moi qui l'amenions pêcher. Il était selon toute vraisemblance dépêché par ma grand-mère pour nous surveiller, si nous venions à noyer nos bottes dans la boue remplie de fumier de la mare en aval de l'étable. Tu sais, çà donnait pas du super poisson. C'est sur qu'il aurait joué son rôle de bouée à la perfection. Quand il est mort, je n'ai rien ressenti.
Au cimetière, j'ai vu mon père pleuré. J'ai croisé son regard. Je me suis demandé ce qu'il pouvait bien penser de moi. Se demandait-il si je serais autant atteint par la mort de mon père que lui l'était?
çà m'a perturbé, un instant.... à la suite de quoi je suis allé me coucher.

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